Un peu de sérieux...

Parler du deuil, quand on attend ou que l’on a des enfants

Sujet un peu plus délicat aujourd’hui, qui traite pourtant de moments que l’on peut tous traverser un jour. Enceinte, nous avons vécu le décès d’un proche et cette période fut très chargée émotionnellement pour nous. Tout d’abord parce qu’un deuil n’est jamais une chose facile à vivre, mais aussi parce qu’étant enceinte, j’ai eu l’impression de vivre dans une bulle mélancolique pendant plusieurs jours, voire semaines et je n’ai cessé de me demander quel impact cela pouvait avoir sur Bébé Loup. Et c’est entouré de la famille, d’amis et de professionnels telle que ma sage-femme que j’ai trouvé quelques réponses qui aident à mettre des mots sur les maux.

Pendant la grossesse

J’étais dans mon dernier trimestre de grossesse quand nous avons vécu cette période. Et je recevais chaque semaine la visite d’une sage femme à la maison pour suivre l’évolution un peu chaotique de cette grossesse. Je savais pertinemment, avec tout ce que j’avais appris en formation et au boulot que dans ce genre de situation, le plus important est d’oser parler, verbaliser ce qui se passe, afin que l’enfant ou le futur enfant, traverse ce moment sans se sentir mis à l’écart et potentiellement responsable. Néanmoins, je me retrouvais à regarder mon ventre, les petites bosses réalisées par les coups envoyés par Bébé Loup et…rien. Rien ne sortait de ma bouche. Je n’arrivais pas à lui parler de façon naturelle, comme on me l’avait appris et comme je le conseille parfois aux familles. Mes mots ne semblaient pas clairs, je n’étais pas à l’aise et j’avais le sentiment que j’allais davantage embrouiller bébé avec ce trop plein d’émotions chamboulées et pas tout assumées. Ma sage-femme a alors eu des mots justes pour me guider : « Vous n’êtes pas obligée de parler à voix haute, parfois lui adresser vos pensées peuvent suffire à montrer que vous êtes au clair avec ce que vous vivez, que ce n’est pas un moment facile mais qu’elle n’en est pas responsable. Lui parler dans votre tête, en touchant votre ventre par exemple, va créer un climat de confiance. Ce sera peut être plus naturel pour vous, plus facile et donc plus apaisant pour bébé qui vous sentira moins perdue ». Je retrouvais là toutes mes réponses : un moyen de lui montrer du calme et d’assumer mes émotions, qui sont normales.

J’ai été dire quelques mots lors de la cérémonie religieuse. J’appréhendais beaucoup ce moment délicat et j’avais pris le temps de me préparer et en « parler » avec Bébé Loup. Elle a toujours beaucoup bougé au cours de la grossesse, se déplaçant, à tout moment de la journée, s’étirant, mettent un coup de coude par-ci, par là. Pourtant ce jour particulier, elle est restée silencieuse. Dès le matin, jusqu’au moment de la cérémonie. J’avais toujours, à travers la poche de mon manteau, une main placée sur mon ventre. Pour la rassurer ou me rassurer ? Je penche pour la 2ème option, mais être 2 à ce moment là m’aidait à contrôler ce que je vivais. Une fois le texte lu, je suis retournée à ma place et, en relâchant un peu de pression, Bébé Loup s’est réveillée, par des petits coups, que je n’avais pas sentis de la journée. Pour certains c’est une coïncidence, pour d’autres, comme moi, c’est un signe que les bébés, même in utéro, vivent et ressentent le climat dans lequel il baigne, même s’ils ne comprennent pas la signification des mots qui les entourent.

Avec de jeunes enfants

Si je devais traverser de nouveau une étape comme celle-là aujourd’hui, avec un Bébé Loup de 7 mois, je pense que j’essaierais de garder le même état d’esprit, en transposant un peu évidemment. Les enfants, quelque soit leur âge, sont des éponges à émotions (et certains adultes le restent !). Expliquer, assumer que nous vivons un moment difficile a deux effets importants pour moi. Tout d’abord, il justifie à l’enfant que oui, il y a de la tristesse, de la colère de ressenti, parce que ce n’est pas facile à vivre et que ça fait partie de la vie. Ces émotions s’atténueront petit à petit, mais elles sont normales, doivent être assumées et parlées pour que l’enfant comprenne l’intérêt de les vivre et ne pas les « refouler ». Ensuite, il est vital que l’enfant comprenne qu’il n’y est pour rien et ce, quel que soit son âge. Les enfants ne sont pas bêtes et malgré toute la bonne volonté que l’on peut mettre à dissimuler un chagrin, cacher des problèmes pour éviter « de leur faire du mal, de les rendre triste ou les angoisser », et ils comprennent immédiatement que quelque chose ne va pas…

Un jour où l’on est venu nous annoncer un grave accident de la route, nous étions une dizaine d’adulte avec un enfant d’un an dans la pièce. La surprise et le choc nous avait laissé sans voix et l’enfant, qui jouait avant cela, s’est mis à pleurer au bout d’une dizaine de secondes de silence. Ce moment m’a beaucoup marqué, de la façon dont notre silence, notre changement de comportement avait pu lui montrer que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas ce que l’on venait de nous annoncer, mais plutôt toutes les émotions présentes dans la pièce qui s’étaient fait sentir. Je prends souvent l’exemple d’un groupe de personnes parlant une langue étrangère à la nôtre. Si soudainement, l’un d’entre eux annonce une mauvaise nouvelle au groupe et que nous sommes présents, nous sentirons immédiatement que quelque chose ne va pas, même si n’avons pas compris un mot de ce qui s’est dit.

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A cet âge, peu importe encore le choix des mots (sans tomber dans l’excès bien sûr), l’essentiel est de porter le message, assumant les émotions qui nous traversent, pour transmettre à l’enfant que c’est normal, qu’il n’a pas à se sentir responsable, même si pour lui aussi, ça peut être difficile de constater que son entourage ne va pas bien. A son niveau aussi, il traverse ces moments difficiles, mais mis en mot, il est souvent plus facile à vivre pour les enfants que pour nous puisqu’ils n’ont pas encore intégrer tous les symboles/rituels autour de la mort.

Avec les plus grands

Mes neveux et nièces n’avaient pas tout à fait 3 et 5 ans au moment où nous avons tout ça. Nous avons discuté à plusieurs reprises de la façon de leur en parler et du bon moment. Nos difficultés à en parlé nous font repousser le moment, laissant déjà le temps aux enfants de s’interroger sur la situation,  poser des questions parfois trop direct à nos yeux, qui nous secouent un peu : « Il est où ? Il revient quand ? »

Ici aussi, il est important de leur parler de nos émotions, les assumer et leur expliquer la situation afin qu’ils ne se sentent pas responsable. Mais en grandissant, ils possèdent un nouveau niveau de compréhension qui nous oblige à être vigilants à 2 nouveaux points. Premièrement, parler à l’enfant de ce qui se passe lui permettra de sentir que l’adulte lui fait confiance. Nous l’intégrons à la vie de la famille, à ce qui s’y passe et cette confiance est un sentiment puissant jouant de la relation qu’il développe à l’autre. Il sera rassuré et se posera beaucoup moins de questions sur les raisons de notre mal être. Ensuite, nous devons veiller aux mots que nous utilisons pour leur parler de la mort. Les enfants évoluent dans le concret et ne connaissent pas le second degré, le « 2ème » sens des mots. Les expressions comme « il est parti », « il s’est endormi pour toujours » sont lourdes de sens. Pour l’enfant, s’il est parti, c’est qu’il va revenir ou alors que lorsque papa est parti (au travail tout simplement), se pose la question : va-t-il revenir ? Les angoisses autour de la mort peuvent commencer autour de ces mots que l’enfant transpose. Idem pour « il s’est endormi pour toujours », cela veut-il dire que si je m’endors, je risque de ne jamais me réveiller ? Le mots les plus simples sont parfois les plus compréhensibles, même s’ils sont généralement les plus durs à dire pour nous, adultes…

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« Porter » un bébé est lourd de sens et même quand ce ne sont que des petites crevettes dans notre bidou, je suis convaincue qu’il ne faut pas les mettre de côté lors de ces moments délicats. Et une fois qu’ils grandissent à nos côtés, à leur niveau, ils peuvent comprendre que nous ne traversons pas un moment facile, que c’est aussi ça la vie. Les mettre à l’écart ne les protège pas, mais ce n’est pas pour autant simple et naturel pour tous de parler de ça. Si il semble très dur de trouver les mots, il peut être judicieux de demander de l’aide, trouver une personne de confiance (membre de la famille, amis, voire un professionnel) qui saura en parler sans que ses émotions prennent le pas sur le message. Ce n’est pas être défaillant, c’est au contraire une façon de trouver le courage de passer le relais. L’objectif étant avant tout que l’enfant trouve ses réponses, des mots justes qui l’apaiseront

Pour finir, voici un très beau livre pour nous aider à parler le deuil avec l’enfant :

J’attends mamy de Séverine Vidal et Cécile Vangout

Simplicité et subtilité pour laisser l’enfant comprendre le côté « définitif » de la mort et accepter… la vie sans Mamy.

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Avez-vous déjà vécu un deuil en étant enceinte ? Avez-vous accompagné des enfants dans ces moments difficiles ? Quels ont été vos ressources, moyens pour verbaliser la situation ?

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