Story

1 an pour me sentir maman

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11 avril 2018 : un tsunami débarque dans ma vie. Cette sensation étrange que rien ne se passe comme on l’imagine, que l’instant présent est déjà à des années lumières de ce que j’ai vécu les jours précédents… Un peu plus d’un an après l’arrivée de ma tornade à moi, je pense pouvoir dire qu’au court de ces derniers mois,  je n’étais pas loin du burn out maternel…Clairement. Une année aussi riche que fatigante, aussi intense que déroutante, aussi belle que stressante. Aujourd’hui, le résultat est là. Et j’en suis même plutôt fière. Je suis et surtout, je me sens maman. 1 an, n’en déplaise à beaucoup, pour atterrir et aimer ce que je suis. 1 an pour créer mes repères et m’épanouirAujourd’hui, je vais bien. Mais 12 mois, c’est long…

Je bosse avec les enfants des autres. Chaque jour je côtoie les familles dans leurs sujets les plus intimes (dans leur rôle de parents bien sûr ! 😉 ). Je croyais maîtriser un minimum mon sujet, me disant que même si avec le sien c’est forcément différent, j’avais une base non négligeable qui ne pouvait que m’aider. Et puis, on sait bien qu’un bébé c’est fatigant au début… Alors je rigole quand mon beau frère me dit : « profites-en pour te reposer, après ce n’est plus pareil ».

Et puis c’est parti. L’arrivée de bébé se fait comme une claque. Une grosse claque. Rien de particulièrement compliqué, mais pas non plus l’arrivée finger in the nose… Pas de quoi en écrire 4 pages quoi. Et elle est là. Dans son tout petit lit à la néonat’, calme, si petite et si fragile quand je la vois branchée à ce tuyau d’oxygène. Je pleure. Je n’arrive pas à la voir comme MA fille, comme MON bébé tant fantasmé. Mais un sentiment viscéral monte et je sais que personne au monde ne pourra lui faire de mal. Je pleure toujours. Les hormones me dit-on, bien évidemment. Mais je me tais et j’entends cette phrase en boucle dans ma tête : je ne serais pas à la hauteur. Je ne ressens pas cet instinct maternel que tant de femmes traversent. Elle serait tellement mieux tombée dans les bras d’une autre, qui l’aimerait tellement fort juste en la voyant.

Les jours passent et la jeune vie de parents débute. Des débuts maladroits, où rien ne glisse, où j’ai l’impression de lui avoir retourné le bras pour lui mettre ce fichu body, où la césarienne me fait me déplacer comme un escargot en pleine nuit, me donnant le sentiment de ne même pas être capable de correctement m’occuper d’elle ; les premiers pleurs interminables, que rien n’apaise et qui rendent marteau. « C’est normal tout ça » me dit ma maman. Très chère maman qui ne juge pas mes yeux hagards, perdus. Je lui confie parfois quelques unes de mes pensées : « maman, je n’arrive pas à lui dire que je l’aime ». Et puis je me ravise, voyant bien que malgré ses mots rassurants, elle s’inquiète quand même un peu de tout ça.

Les premières semaines, premier et deuxième mois passent. Après un vrai coup de cafard devant le pédiatre, ça va beaucoup mieux : « votre métier vous fait du tord, vous vous en sortez bien mais vous vous posez trop de questions. Elle grandit bien, c’est qu’elle va bien. » Je ressors avec le sourire. Les résultats sont là. Elle va bien, grandit, mange correctement et le sommeil n’est pas mauvais. Je gère peut être pas si mal.

 

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Le premier trimestre passé, les nuits hachées s’adoucissent nettement et physiquement je sens la différence. Les hormones prennent (enfin) des vacances, je pleure moins. Mais je m’inquiète toujours de ne pas ressentir cet instinct, ce besoin de l’avoir contre moi. Je ne ressens pas le besoin d’aller voir la nuit si elle va bien. Je fais l’éloge de ma vie d’avant, que je regrette énormément. Pas elle. Mais d’être devenue maman. Etait-ce trop tôt ? N’étais-je pas vraiment prête ? Il est inenvisageable pour moi de m’imaginer faire un 2ème enfant.

J’avais prévu un congé parental de plusieurs mois. J’attends le dernier jour pour envoyer ma lettre, mais non. Il faut que je reprenne le travail. C’est urgent. Je reprendrais en septembre finalement. Une fois cette lettre envoyée, un poids s’envole. Je commence à me dire que je n’ai plus que quelques semaines pour profiter d’elle. Elle est tellement petite pour passer tant d’heures chez nounou ! Mais j’espère qu’une fois nos journées terminées, nos retrouvailles seront plus belles. Ai-je besoin de retravailler pour me sentir vraiment mère ? Apprécier les moments plus courts pour se retrouver pleinement ?

L’été passe, les sorties avec bébé en écharpe, au marché, dans le tracteur auprès de papa, remontent bien mon moral. Elle vit avec moi, profite, s’ouvre à plein de choses. Enfin des moments où j’ai le sentiment de partager avec elle. Et puis septembre. De nouveau il faut prendre un nouveau rythme : le boulot à temps plein, la maison à tenir, une vie sociale à maintenir même si on est crevé… Et puis il y a super papa ! Archi dispo une fois rentré du boulot, prenant le relai là où je perds patience. Mais comment faîtes vous les mamans solos ? Je vous tire tellement mon chapeau.

Elle a 7 mois, et comme régulièrement, je sens un cap passé, presque à chaque fois juste après un épisode compliqué. Ca fait du bien. Une relation est clairement en place. Elle rit, est gracieuse et les petits compliments des gens me vont droit au cœur !

 

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Elle a 9 mois et 4 jours et bim, l’angoisse de séparation. Elle hurle à gorge déployée à l’approche de tout le monde, y compris nos amis et famille les plus proches. On commence une période un peu anti sociale où sortir devient galère. Elle n’accepte plus de dormir quand on est chez des copains, pleure vite, râle fort quand ça ne va pas. J’avoue être légèrement sur les nerfs de sentir que j’atterri sur la case « famille planplan » où l’on est obligé de ralentir, de faire quelques « sacrifices ». Je me doute bien que ça ne durera pas.

 

1 an. Je n’ai pas trop eu le temps de compter sur mes doigts que finalement on y est. Ce cap tant attendu, qui me paraissait être dans une éternité le jour où j’ai accouché, est finalement arrivé. Je pense que, comme pour beaucoup de mamans, le regard posé sur cette première année donne le vertige. Autant de choses, autant d’évolutions, si vite passées. Et pourtant, j’aurais arraché la tête à tout ceux qui me disaient dans mes creux de vagues « profites, ça passe vite ». Quand tu ne dors pas, que ta vie tourne autour d’un tout petit bébé que tu ne comprends que peu, que tu ne sais pas où ta vie à toi est passée et où le moindre de tes gestes engendre 45 questions toutes aussi stressantes les unes que les autres….Le temps passe au ralenti. J’ai tellement regardé les enfants des autres en me disant « vivement qu’elle ait leur âge », ce sera plus facile… Mais pas forcément !

Il n’y a pas que mon métier qui m’ait fait du tort. Etre mère doit être quelque chose de naturelle, que les femmes accomplissent depuis la nuit des temps. On les croise chaque jours les mamans, généralement un peu plus pomponnées, avec le sourire, et surtout, parce que personne n’étale ses coups de mou comme ça. Là où j’ai vu mes amies réussir dans leur rôle de mère sans stress, je comprends enfin aujourd’hui que ce n’étais pas forcément si rose. Elles aussi ont eu leur « creux de vague », ces moments où elles aussi se sont dit « mais qu’est-ce que j’ai fait comme connerie ? ». Je suis arrivée dans l’arène de la maternité trop sereine, me disant que, comme toutes les autres avant moi, j’y arriverai. Que celles qui peinent ne sont qu’une minorité, que je ne serais pas forcément concernée. Cette année fut clairement la plus difficile à vivre de ma vie. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Mais je sais aussi que je ne suis pas la seule.

 

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Aujourd’hui, elle marche, court presque d’ailleurs. Elle crie « papaaaaa » en le voyant rentrer à la maison ; cale sa tête dans mon cou quand ça ne va pas. Elle danse avec moi en se regardant dans le miroir et son rire « lézarde les murs ». Elle est la plus incroyable chose que j’ai faite dans ma vie. Devenir maman a pris un an. C’est pour moi le métier le plus difficile au monde, mais c’est celui qui me permet de lui répéter « je t’aime » chaque jour désormais. Un an c’est long, sur le moment. Je râle encore souvent, repensant toujours à tout le temps libre dont je disposais avant, mais aujourd’hui j’assume enfin pleinement le choix que j’ai fait il y a 2 ans maintenant : me lancer dans la grande aventure qu’est celle de vouloir devenir parent.

Relire ces mots est compliqué. Je les trouve durs, violents, mais ils sont sincères. Et j’espère qu’ils pourront peut être rassurer certaines pour qui devenir mère n’est pas « que du bonheur ». Ca ne dure pas. Et même si le quotidien ne transpire pas l’amour et la joie à l’intérieur de nos maisons, toutes nos questions, nos doutes, ne sont que la preuve de nos supers capacités de maman en devenir. Il faut juste un peu de temps pour qu’elles deviennent évidentes.

4 commentaires sur “1 an pour me sentir maman

  1. très bel article, joyeux premier anniversaire! Celui de ma fille arrive bientôt et effectivement tout n’est pas rose, il y a des moments plus difficiles que d’autres, mais peu se confient sur ces moments là, des fois on craque, on pleure, on se dit qu’on ne va jamais y arriver et le lendemain tout va mieux… l’ambivalence des émotions et des sentiments, c’est ça aussi être mère 🙂

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    1. Merci beaucoup ! C’est dingue en effet cette façon dont un jour on sombre littéralement et puis… Le lendemain tout est différent. Un yo-yo perpétuel ! Mais à force de le vivre, on sait peut être plus facilement se rassurer du coup… « ça ira mieux demain » 😉
      Et plein de bonnes choses pour ce futur anniversaire ! 🎂

      Aimé par 1 personne

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